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Alexandre Chiavassa : Little Hanouna

Animateur de Radio Occitania depuis une dizaine d’années, Alexandre Chiavassa fait, ces dernières semaines, de plus en plus parler de lui dans le paysage médiatique toulousain. Une montée en puissance qui doit autant au succès de son talk-show Faut s’le dire, où défile notamment toute la classe politique toulousaine, qu’à ses posts sur les réseaux sociaux mi-provocateurs, mi-populistes qui lui valent autant de partisans que de détracteurs. Mais qui est vraiment ce Marseillais de 33 ans qui a pour modèles Cyril Hanouna et Pascal Praud, ne passe pas une journée sans téléphoner à sa maman, fredonne du Claude François entre les prises sur les plateaux, se dit favorable à l’expulsion des OQTF et désespère de trouver l’âme sœur ? Boudu a cherché à comprendre.


Alexandre Chiavassa, animateur de Radio Occitania - © Rémi Benoit
Alexandre Chiavassa, animateur de Radio Occitania - © Rémi Benoit

Pour cette première émission de l’année 2025, la nouvelle aurait pu le miner. Il n’en est rien. Pour un peu, on le soupçonnerait de se réjouir du lapin que son invité vedette, François Piquemal, vient de lui poser. Parce qu’Alexandre Chiavassa n’aime rien tant que distribuer les bons et les mauvais points. Et ce jour-là, le candidat LFI à la future élection municipale toulousaine en prend pour son grade. « Il a préféré aller dans d’autres médias, plus visibles. Ce n’est même pas décevant, on savait qu’il ne viendrait pas, il fait toujours ça. De toute façon, LFI, c’est lunaire. » Et de conclure l’émission par un « Je ne remercierai pas Piquemal qui a menti » qui symbolise bien la liberté de parole de l’animateur vedette de Radio Occitania. Animateur ou journaliste d’ailleurs ? Difficile de répondre tant il semble se délecter du mélange des genres. « J’ai trop de respect pour le métier de journaliste pour prétendre en être un », répond-il spontanément quand on lui pose la question. Sinon qu’il ne manque pas une occasion d’égratigner la profession à qui il reproche, notamment, une trop grande complaisance avec le pouvoir. Une classe politique avec laquelle il semble, du reste, entretenir une relation ambiguë amour-haine. Schizophrène ? L’homme reconnait « changer d’avis très souvent. Je conçois que ce soit difficile de me suivre ». Rien d’étonnant si l’on se souvient que rien ne le prédestinait à frayer dans ce genre de milieu.


« J’étais stigmatisé parce que je portais une chemise.Du coup, je me suis mis à porter un sweat à capuche. Aujourd’hui, je m’en fous, je m’habille comme je veux.» Alexandre Chiavassa

Né à Marseille, il y a 33 ans, d’un père cheminot, chef de gare à Aubagne au faîte de sa carrière, et d’une mère juriste, il grandit à Rougiers, un petit village varois « où la rue était mon jardin ». Ses racines sont italiennes des deux côtés. Les De Vittorio, côté maternel, étant « moins taiseux que les Chiavassa, tous ingénieurs et intellos, on se sentait plus proches d’eux ».


L’empreinte transalpine n’est cependant pas très marquée : « Mis à part le fait que les raviolis de ma mère sont les meilleurs du monde, ils n’ont pas cherché à nous transmettre cette culture. » Par souci d’intégration, il est recommandé de ne pas parler italien. 

À la maison, les enfants grandissent sans pression, couvés par des parents bohèmes, à la fibre artistique très développée - le père est luthier - passés notamment à la Chance aux chansons : « Mon père était vraiment un troubadour dans l’âme. Autant dire qu’il n’était pas du tout autoritaire. Quant à ma mère, elle me faisait totalement confiance. J’ai vraiment eu une enfance bénie des dieux. »


Alexandre Chiavassa - © Rémi Benoit
Alexandre Chiavassa - © Rémi Benoit

Une enfance tellement insouciante qu’il en oublie même d’étudier. Il se rêve chanteur, à la barre d’un voilier, etc. Mais pas à la mine. Alors dès la sixième, il décroche. « Pourtant je m’entendais super bien avec les profs. Mais je n’y arrivais pas parce que ça ne m’intéressait pas. »


Sa mère Irène, confirme : « C’était un enfant extrêmement gentil, qui ne posait aucun souci, le plus sage selon sa directrice d’école. Sauf qu’il ne foutait rien en classe. Il était nul de chez nul. » Si l’évocation de ce souvenir lui déclenche aujourd’hui un fou-rire, à l’époque, l’inquiétude était de mise. Notamment quand le professeur d’histoire, M. Thobert, la prévient qu’elle ne pourra rien faire de son rejeton. Ce dernier se souvient encore de la scène où sa mère, effondrée, est obligée de stopper sa voiture sur la route du retour de l’école, entre Saint-Maximin et Rougiers : « Elle n’était pas déçue mais inquiète. Ça m’a marqué. »


Réorienté en CFA pour devenir cuisinier, il pense avoir trouvé sa voie avant qu’une incompatibilité d’humeur ne le fasse dérailler au bout de quelques mois. À 17 ans, retour à la case départ. C’est alors qu’il accompagne sa mère à Toulouse pour rendre visite à des amis le temps d’un week-end. Venu « pour se vider la tête », il n’en repartira jamais. « Je suis littéralement tombé amoureux de cette ville ». Bien qu’il n’ait jamais quitté le nid douillet, celui qui se décrit volontiers « plutôt peureux », plaque tout pour tenter la grande aventure… avec le précieux concours de sa mère qui veille au grain.


Après avoir repéré au Crij (Centre Régional Information Jeunesse) une annonce de Radio Occitania cherchant un technicien radio, elle se charge de rédiger la lettre de candidature. « Elle a senti que ça pourrait me correspondre, notamment parce qu’elle tirait les cartes et que celles-ci lui avaient révélé que la communication pourrait me convenir. J’étais à mille lieues de tout ça, je m’imaginais plutôt vendeur dans un magasin de fringues. » Le jeune homme veut surtout quitter son village dont il a fait le tour.


À son arrivée à Toulouse, sa première (bonne) impression se confirme. Venant du Var et de Marseille, il est « impressionné par l’organisation de la ville, le fait que les murs ne sont pas tagués, l’absence de délinquance. Je me dis Ouah ! Jusqu’à Merah, j’ai eu l’impression que cet endroit était béni. »


À la radio, les débuts sont en revanche laborieux. « Je suis nul, je me trompe dans les lancements, mais ils me gardent. Ils ont été patients, notamment Guy (Mimart, le fondateur de la radio, ndlr). »


Alexandre Chiavassa - © Rémi Benoit
Alexandre Chiavassa - © Rémi Benoit

Rapidement, le jeune homme comprend qu’il a tout intérêt à apprendre l’occitan pour évoluer au sein de la radio. De technicien, il devient présentateur météo, puis chroniqueur, tout en s’aventurant un peu sur le terrain à la pêche aux infos. Petit à petit, il devient le couteau suisse de la radio. Une polyvalence qui va lui permettre de sauver sa peau lorsque Sarkozy décide de supprimer la publicité dans l’audiovisuel public après 20h : « J’ai vu tous les copains se faire licencier. Par chance, je maitrisais la technique et parlais l’occitan. Et je ne coûtais pas cher. »


Seul rescapé, il se retrouve pourtant vite à l’étroit dans un milieu occitan qui penche à gauche et qu’il trouve « sectaire » : « Je ne me suis pas senti accepté, notamment à cause de ma tenue vestimentaire. J’étais stigmatisé parce que je portais une chemise. Du coup, je me suis mis à porter un sweat à capuche. Aujourd’hui, je m’en fous, je m’habille comme je veux. » Mal à l’aise, il s’accroche, « parce qu’il fallait que je bosse » mais aussi parce qu’il bénéficie du soutien du couple fondateur de la radio pour lequel il fait le taf en assurant la matinale et les flashs info toutes les heures en occitan.


De cette ambiance hostile, Chiavassa va ruminer une forme de ressentiment à l’égard d’une gauche « bien-pensante » à qui il reproche son intolérance : « Même si ma mère votait à droite, chez moi, on a toujours aidé les gens. Alors quand je vois certains bobos très bienveillants dans le discours mais qui ne font jamais rien pour les autres, ça m’énerve. Surtout quand ils donnent des leçons. »  Une méfiance à l’égard de la gauche qui ne va cesser de croître avec le temps, comme lorsqu’il se retrouve violemment bousculé à l’occasion d’une manif féministe. « Parce que je suis un mec. Alors que j’étais de leur côté ! »


Après une brève parenthèse dans l’immobilier qu’il rejoint par amour (du secteur et d’une de ses actrices) , il revient à la radio au début du mouvement des Gilets Jaunes. C’est aussi le début de l’émission Balance ton poste animée par Cyril Hanouna sur C8. Un déclic. « Il se passe quelque chose : je réalise que ce sont les gens qui vont à Intermarché qui se rebellent, et je me dis : c’est ça qu’il faut faire, aller à leur contact et leur donner la parole. »

Fasciné par l’aisance et surtout la liberté de ton de Baba, il convainc (facilement) Guy Mimart de lui laisser l’antenne pour lancer son propre talk-show. Et en 2019, il lance la première version de Faut s’le dire, avec la volonté de donner la parole à tout le monde.

Biberonné à l’esprit Canal et à Patrick Sébastien, Chiavassa qui dit aimer la confrontation « à condition qu’elle soit non violente » revendique le droit de pouvoir aimer Hanouna et Quotidien : « On n’est pas obligé de choisir son camp. »


« Ce qu’il dit ne laisse pas indifférent ? C’est très bien, ça prouve que c’est écouté. » Guy Mimart, fondateur de Radio Occitania

Pierre Nicolas, ancien journaliste de France 3 qui a été un pilier de Faut s’le dire pendant les deux premières années, témoigne : « Il n’a pas d’idée préconçue quand il reçoit un invité. Et tant mieux parce que la radio est l’un des derniers endroits où l’on peut retrouver des gens un peu sulfureux. Je n’ai jamais eu l’impression de participer à une émission polémique. Il casse les codes du point de vue des idées. Ça rappelle un peu la grande époque de FMR. »


Chroniqueur régulier de l’émission, Pierre-Nicolas Bapt confirme : « C’est un talk-show où il y a une pluralité de gens. C’est intéressant parce que ça nous confronte à des arguments insoupçonnés. »


Tout en louant son effort d’ouverture, Mina Forouhar, attachée de presse culturelle, nuance : « Il pense que l’on peut ouvrir des débats avec tout le monde. Donc il donne la parole à tout le monde. Et parfois, il y a des invités, ou certains chroniqueurs, qui vont trop loin, qui font des raccourcis. Après, c’est quelque chose qui manque de débattre avec des gens qui ne sont pas d’accord. Il essaie de rouvrir cette porte. Parfois, elle lui claque sur les doigts. »


Reste que le fait de tendre le micro à des invités dont la nuance n’est pas le point fort, ou de s’entourer de chroniqueurs sans filtre, n’est pas sans conséquence.

Fleurissent ainsi à son encontre, sur les réseaux sociaux, les premiers commentaires désobligeants, voire injurieux. Loin de se laisser faire, Chiavassa réagit, souvent avec virulence.


Celui qui dit se reconnaitre désormais davantage dans la démarche de Pascal Praud « dont la manière de faire m’attire depuis longtemps mais dont je me privais de m’inspirer par peur » assume : « Beaucoup m’ont dit que j’avais changé alors qu’en réalité, je n’ai tout simplement plus peur du regard de mes copains de gauche. Beaucoup m’ont d’ailleurs tourné le dos, voire banni, notamment quand j’ai invité Enzo Tamburini (le représentant des Jeunes avec Zemmour lors de la dernière présidentielle, ndlr). Je me suis fait traiter de fasciste à partir de ce moment-là. » Des accusations dont il dit ne pas souffrir « parce que je sais que je ne suis pas un facho », mais qui l’embête pour le patron de la radio, « qui a toujours été mitterrandien et pour sa femme communiste ».


Pour Cédric Rousseu, entré à Radio Occitania en tant que technicien en 1999 et fidèle complice de Chiavassa sur toutes ses émissions, ce dernier paie un peu son approche iconoclaste : « Avoir fait le choix de parler de tout en occitan est mal vu par une partie du mundillo qui voudrait que l’on ne parle que de l’actualité occitane. C’est un milieu qui n’aime pas que l’on dise ce que l’on pense. »


Des considérations qui passent pourtant largement au-dessus de la tête de Guy Mimart, ravi du petit buzz que son animateur suscite : « Ce qu’il dit ne laisse pas indifférent ? C’est très bien, ça prouve que c’est écouté. Et puis, l’occitan, ça doit être ouvert. Il contribue à la notoriété de la radio et à dépoussiérer notre image. »


Un avis partagé par la fille du fondateur de Radio Occitania, Esther Mimart, pour qui l’occitan ne doit pas servir qu’à parler des cathares et des troubadours : « Aujourd’hui, son émission amène des gens de partout à la radio. Il n’y a pas d’équivalent à Toulouse. Et le fait que ce soit un jeune, ça fait du bien à la radio mais aussi à la cause occitane. »


Président de Convergence occitane, qui regroupe la majorité des associations occitanes à Toulouse, Jean-FrançoisLafon considère que « ce serait dramatique que l’occitan soit réservé à des usages strictement historiques ou communautaires. On le parle partout dans le monde. À partir de ce moment-là̀, on peut l’utiliser pour parler de tout, de Dieu, de la mort, de la sexualité, etc. » Et de réfuter l’idée que le monde occitan serait nécessairement de gauche : « L’occitan étant une langue comme les autres, elle a le droit d’être parlée par des gens de tous bords. Les occitans représentent un peuple dans toute sa diversité. Son talk-show, on peut très bien aimer l’écouter sans adhérer à ses idées ou à la présentation qu’il en fait. Du moment que le travail de journalisme est fait. Ce qui est le cas avec Alexandre. »


Alexandre Chiavassa, roi du buzz sur Occitania

Tous ne partagent pas le même avis au sein de la communauté occitaniste. Sous couvert d’anonymat, l’un de ses membres, qui travaille dans la restauration, lâche, par exemple qu’il « est difficile de cautionner ses prises de positions politico-médiatiques et sa recherche du buzz pour combler son besoin de reconnaissance ». Tandis qu’un autre, plus cinglant, décline la proposition d’interview au prétexte « que je n’ai absolument rien de positif à dire sur lui ».


Une chose est sûre, l’homme ne laisse pas indifférent. Conscient d’être vu par certains comme un suppôt de la droite, voire de l’extrême droite, il se défend en rétorquant que sa meilleure pote est algérienne et musulmane, qu’il adore Sophia Aram, « dont j’ai le 06 », et Guillaume Meurice, ou que le grand remplacement est une « immense connerie ». Et de finir par une pirouette en paraphrasant Luchini lorsque celui-ci déclare « ne pas avoir la grandeur d’âme suffisante pour être de gauche. Mais quand je vois quelqu’un qui est dans la merde, j’agis comme devrait agir quelqu’un de gauche. »


Il assume en revanche être courroucé quand « la République recule » : « Je ne supporte pas qu’une médiathèque ferme à cause de la présence de dealers. Idem sur la question des OQTF. Quand j’apprends qu’un mec qui a violé ou tué n’aurait pas dû être là, ça m’énerve. Parce que je me dis qu’un drame aurait pu être évité. C’est tout bête mais c’est citoyen. Et c’est ce qui m’amène à considérer qu’il faut réguler l’immigration. »


Des propos tranchés qui justifient toutefois à ses yeux la nécessité de s’entourer de chroniqueurs qui ne pensent pas comme lui à l’instar du référent du PRG  pour les prochaines municipales Pierre-Nicolas Bapt, ou Cédric Rousseu, son fidèle acolyte au passé antifa. Ce dernier, qui peut donner parfois l’impression de lui servir de caution de gauche, décrypte son compère : « Il n’est pas de droite, il est encore en construction politiquement, assure-t-il. Il réagit parfois comme un beauf, à l’affect. Après, on surjoue un peu nos personnages, moi à gauche, lui à droite. Pour faire réagir les gens, il faut les choquer. »


En direct sur radio Occitania
Alexandre Chiavassa et son équipe sur Radio Occitania - © Rémi Benoit

Chiavassa quant à lui revendique une certaine subjectivité, comme un Praud, qu’il voit plus comme un porte-voix qu’un journaliste : « Je suis un sanguin, ce qui fait que je ne suis pas objectif. Et j’accepte de me tromper, contrairement aux journalistes. »


« Parfois, ça dérape, il invite des gens qui vont trop loin.Mais c’est la singularité de son émission, de flirter avec la limite, il aime ça, jouer au funambule » Lucas Duval, chargé de communication à la Licra

Pierre-Nicolas Bapt souscrit à l’auto-critique : « Il a le défaut d’être très émotionnel, ce qui le conduit à ne considérer qu’un fait. Il a parfois des manières de présenter les sujets qui me déplaisent, notamment sur les agriculteurs ou la drogue. Il ne prend pas le recul suffisant. » L’homme de gauche n’a pourtant pas le sentiment de trahir son camp en participant à Faut s’le dire : « Je suis à l’aise dans cette émission. Les commentaires dont il fait l’objet sont dégueulasses. C’est un chouette mec. Il a plutôt un prisme de droite mais il reste dans la légalité. On est dans un débat d’idées. »


La condition sine qua non pour que Lucas Duval, chargé de communication à la Licra, accepte d’y participer : « Parfois, ça dérape, il invite des gens qui vont trop loin. Mais c’est la singularité de son émission, de flirter avec la limite, il aime ça, jouer au funambule. Et puis contrairement à TPMP, il essaie d’avoir un vrai débat contradictoire. Il est animé par l’envie de faire différemment. »


Conseiller régional d’Occitanie, Guillaume de Almeida Chaves considère également que chacun peut s’exprimer dans Faut s’le dire : « C’est sa force d’avoir des chroniqueurs de tous les horizons. Même s’il est parfois très limite, il n’a jusque-là pas franchi la ligne rouge. Et force est de constater qu’il a réussi à imposer sa marque de fabrique. »  


Reste qu’avec le temps, les prises de position de Chiavassa ont tendance à se durcir. Et qu’il semble s’embarrasser de moins en moins de compromis : « On veut tous que l’hôpital aille bien, que les infirmières gagnent le triple, etc. Après, ce n’est pas parce que je ne parle pas des Palestiniens tous les jours que je n’y pense pas. Cette manière que certains ont de considérer qu’ils ont le monopole du cœur m’insupporte. » Dans la ligne de mire du sniper Chiavassa, LFI avec laquelle il est en guerre ouverte et à qui il reproche, entre autres choses, d’être responsable de la fermeture de C8. « C’est eux qui ont demandé la commission d’enquête. Et on donne raison à un parti qui est aujourd’hui plus que problématique. Ça me rend fou ! »


« C’est très différent des médias traditionnels mais au final, c’est assez rafraichissant. » Nadia Pellefigue, vice-présidente du Conseil régional d'Occitanie

Conscient que défendre la chaîne de Vincent Bolloré et son animateur vedette Cyril Hanouna, condamné à plusieurs reprises par l’Arcom pour avoir franchi la ligne rouge, n’est pas chose aisée par les temps qui courent, il assume au nom de la liberté d’expression. « Parce que ce côté rebelle, anticonformiste, qui se fiche des sanctions de l’Arcom, qui installe un chauffeur-livreur ou une femme voilée en tant que chroniqueur me plaît. Quand je vois qu’on le traite de facho alors que son public est de toutes les couleurs, ça me fait rigoler. »


Et de reconnaitre, aujourd’hui, l’envie de contribuer à rééquilibrer un peu le temps de parole. « Parce que je suis dans un média où je donne la parole à l’extrême gauche depuis 17 ans. Et que j’aimerais bien que ça change. Aux copains qui passent leur temps à me chambrer, je dis : “Il y a un média de droite et ça vous pose à tous un problème.” C’est quand même bizarre. »


Réactionnaire ? Pierre Nicolas, qui a partagé le même micro toutes les semaines pendant deux ans, a du mal à y croire : « Même si je suis un peu étonné par le virage qu’il a opéré sur les réseaux sociaux, je ne crois pas qu’il ait adhéré à ces idées. Je crois plutôt qu’il leur porte un intérêt parce qu’elles sont de plus en plus partagées par les Français. » Rebelle pour certains, agaçant pour d’autres, surtout quand il se met en scène sur les réseaux sociaux avec ses lunettes noires, Alexandre Chiavassa semble surtout (beaucoup) s’amuser de l’agitation qu’il suscite. Et du décalage que certains ressentent entre l’homme et son activité sur les réseaux sociaux : « Je poste beaucoup de choses parce que c’est un moyen de faire connaître la radio. Après je ne me pose pas trop la question des conséquences. J’ai beau me répéter de réfléchir avant de poster un truc, je n’y arrive pas » dit-il avec une malice qu’il peine à dissimuler.


Pour Virginie Boué Guichard, dirigeante de jaivotresolution.com avec laquelle Chiavassa anime une émission dédiée à l’entrepreneuriat, il convient de ne pas tomber dans le panneau : « C’est un jeu de rôle, comme s’il enfilait un costume. Il est en représentation, il veut faire réagir. Car il a compris que cette provoc lui amène du trafic, permet de parler de lui, un peu comme un Jordan de Luxe. Force est de constater que plus il se caricature, plus il plaît. Et plus il est demandé. Donc il continue. »


Démasqué, Chiavassa avoue : « Je m’amuse, je n’ai pas l’impression d’aller au travail. Faut s’le dire, c’est comme monter sur scène. C’est mon ring de boxe. J’y suis plus un animateur qu’un journaliste. »


Alexandre Chiavassa - © Rémi Benoit
Alexandre Chiavassa - © Rémi Benoit

Une chose est sûre, il n’aime rien tant que donner son avis, notamment sur la classe politique qu’il ne ménage pas au risque de verser dans une forme de populisme assumé : « Mais je ne le fais pas pour me rendre sympathique. C’est ce que je pense au moment où je le dis. Et puis je distingue la politique nationale de la politique locale. Je trouve par exemple que Carole Delga fait du très bon boulot. Mais je ne peux pas m’empêcher de dire que ce serait une connerie qu’elle parte à la présidentielle. Et je le redirai jusqu’à ce que ça rentre puisque je vais recevoir certaines de ses équipes. »


Incontrôlable Alexandre Chiavassa ? Peut-être, peut-être pas. Pas suffisamment en tous cas pour dissuader le personnel politique local de se rendre dans son émission où il est pourtant parfois malmené par des chroniqueurs à la crédibilité suspecte. Candidate malheureuse à la dernière élection municipale, Nadia Pellefigue assure par exemple ne pas se boucher le nez lorsqu’elle se rend à Radio Occitania : « C’est très différent des médias traditionnels mais au final c’est assez rafraichissant. Même si je me suis quasiment fait traiter de feignasse la dernière fois ! »


Adjoint au maire en charge des transports, Jean-Michel Lattes, qui a pris des cours d’occitan avec Chiavassa à l’Ostal d’Occitania, abonde dans le même sens : « Avec lui, tu ne sais pas à quoi t’attendre. Il donne beaucoup son avis, il balance, il n’hésite pas à sortir du cadre. C’est moins conventionnel qu’ailleurs. Au moins, je ne m’ennuie pas. Et tu peux être sûr que tu ne feras pas de langue de bois. » De son passage à Toulous’ez vous, la vice-présidente du Conseil départemental de la Haute-Garonne, Sandrine Floureusses ne garde quant à elle que de bons souvenirs : « Il laisse le temps de parler, on parle de sujet de manière approfondie, c’est rare. Et puis il a réussi à ne pas poser de questions pathos sur un sujet, les violences faites aux femmes, qui déchaîne souvent les passions. Avant de venir, on m’avait mise en garde. À tort. »


Tous ne partagent pas la même impression. Leader de l’opposition municipale, Antoine Maurice reconnait être un peu désarçonné par le bonhomme : « C’est un chouette gars qui a permis à une radio qui ne l’était pas du tout, de s’adapter au monde moderne. Après, ça part dans tous les sens et ses chroniqueurs sont parfois limites. Comme une émission d’Hanouna ou Praud, ça tourne un peu en rond. » Et de reconnaître qu’il n’irait sans doute plus « s’il disait à la radio ce qu’il écrit sur les réseaux ».


L’ancienne tête de liste d’Archipel Citoyen n’est pas le seul à être gêné aux entournures par les frasques d’Alexandre Chiavassa. Sollicités, plusieurs membres de la gauche ont préféré s’abstenir. Pour Cédric Rousseu, le risque serait qu’il finisse par « devenir ce que les gens veulent qu’il soit tellement il est caricaturé. »


Jusqu’où ira-t-il ? Difficile à dire, d’autant que l’homme aime déjouer les pronostics. Adepte du name dropping, il ne boude pas son plaisir de glisser, avec l’air de ne pas y toucher, qu’il compte parmi ses copains Fabian Ordoñez, Yvan Cujious, Omar Hasan ou Hakim Amokrane. Tout en se défendant de faire ça pour la gloire... Tout au plus consent-il à reconnaître avoir ressenti une certaine émotion lors de la cérémonie de la légion d’honneur de Jean-Michel Lattes : « Mais pas pour moi, pour ma mère. J’aurais aimé qu’elle soit là. Sinon, ça ne me fait pas tourner la tête. »


Désormais solidement cramponné à Toulouse, même si c’est toujours à Marseille, « au milieu des tags et des vagues qui frappent les rochers » qu’il se sent chez lui, Alexandre Chiavassa n’entend pas s’arrêter en si bon chemin. Satisfait de la liberté de ton que lui offre Radio Occitania, il ne cache pas son ambition de viser plus haut. « Comme tout le monde, j’ai envie d’y arriver. Mais j’ai surtout l’ambition de le faire avec les copains. Mon rêve absolu serait de créer un média, avec un local, et de pouvoir rémunérer les chroniqueurs. » Une façon de créer son équipe, un peu à la manière d’un certain Cyril Hanouna. Une façon peut-être aussi de compenser LE grand vide de son existence : l’amour. « J’ai envie d’être papa, d’avoir un SUV, la maison avec le panier de basket, mais je n’y arrive pas. Ce n’est pourtant pas faute d’essayer. Mais je ne plais pas. Je tombe sur des nanas qui me reprochent d’être trop gentil ou trop sérieux, d’aimer faire la vaisselle et le repassage. Je n’y comprends rien. Mais ça me manque. Parce que rentrer seul le soir, et manger un plateau télé devant Hanouna tout en enregistrant la matinale de Radio Occitania, c’est parfois d’une grande tristesse… »

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